dimanche 29 octobre 2017

Les voyages du Conteur de Légendes.

La poudre qui donnait des plumes

Un jour que je me promenais dans un arrière pays, je rencontrais un drôle de personnage. Un vieil homme barbu me dépassa d’un pas rapide. Puis il ralentit et  semblait m’attendre. Quand j’arrivais à sa hauteur, il m’adressa tout de suite la parole :
- « C’est vous le conteur de Légendes dont l’épicière m’a parlé qui parcourez la campagne à la recherche de bizarreries ?  Vous venez de faire la rencontre de votre vie ».  
Il me proposa de pousser ma balade jusqu'à l’étang voisin dont les bords étaient parait-il toujours très animés. Il se souvenait surtout d'y avoir souvent vu des hérons qui avaient attiré particulièrement son attention par leurs allures bizarres et les claquements très curieux de leurs becs. Intéressé j’acceptais avec empressement. En nous rapprochant de la pièce d'eau, il s'empressa de me donner l'ordre de bien rester en arrière. A peine arrivés, nous vîmes trois de ces oiseaux qui semblaient tenir conseil, tandis qu'un quatrième se promenait à peu de distance en cherchant des grenouilles.
- « Sur ma barbe, s'exclama le personnage à mi voix, la conversation doit être fort intéressante. Si nous nous faisions canard ? »
N’osant éclater de rire, je déclinais poliment l’invitation. Il haussa les épaules et  tira une  petite boîte de sa poche. Il y prit une pincée de poudre qu'il aspira fortement. Un coup de vent malheureux m’en fit respirer quelques particules. Soudain je vis ses jambes se recroqueviller, devenir  maigres et rougeâtres. Elles se transformèrent en pattes disgracieuses, ses bras en ailes, le cou s’étira,  la barbe disparut et pour terminer le corps se couvrit de plumes.
- « Mes compliments pour votre joli bec », osais-je dire lorsque je fus revenu de mon saisissement, ce qui demanda un certain temps. Je dois avouer que de ma vie je n’avais jamais rien vu d'aussi extraordinaire.
-  « Vous me flattez ! Vous-même avez de jolies plumes ! » Répliqua le bonhomme avec une inclinaison profonde de son long cou.
- « Approchons-nous, afin de voir si nous comprenons réellement le héronais. »
Entre-temps, le héron qui donnait la chasse aux grenouilles avait terminé sans doute son repas. Il avait commencé un bout de toilette tout en revenant du côté des trois autres, à l'un d’eux il dit :
- « Accepteriez-vous un quartier de lézard ou une cuisse de grenouille ? ».
Son compagnon déclina l’offre. Je n’attendis pas la fin de la conversation pour prendre mes jambes humaines  à mon cou couvert de petites plumes.


Christian LUZERNE Conteur de Légendes. Texte protégé.


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